Longtemps fermée sur elle-même, l’Inde s’éveille au monde. A l’exemple de la Chine sa voisine, à la fois modèle et rivale, l’inde sera-t-elle reconnue comme une grande puissance mondiale ? Elle en a l’ambition et les moyens.

L’Asie du sud est volontiers présentée comme « monde indien », en référence tant au rayonnement culturel qu’au poids politique de l’Inde dans la région. Conscient de la portée de son message après 1947, notamment auprès des populations en phase de décolonisation, le Premier ministre Jawaharlal Nehru avait placé son pays à la tête du Mouvement des non-alignés, avec l’Égyptien Nasser et le Yougoslave Tito. Depuis lors, New Delhi a toujours cherché à se positionner comme une grande puissance, attachée au multipolarisme et chef de file du tiers monde [1]. Nous examinerons la place de l’Inde dans son environnement proche, avant d’envisager sa place en Asie, dans un contexte de rivalité avec la Chine. Enfin, nous nous demanderons si le rapprochement indo-américain, avec la collaboration nucléaire comme enjeu principal, scelle la fin du non-alignement ou si, au contraire, elle conduit à une politique multilatérale, renforcée par le recours aux technologies française et russe notamment.

L’environnement proche

Les attaques terroristes qui ont frappé Bombay, la capitale économique de l’Inde, du 26 au 29 novembre 2008, ont mis l’accent sur la nécessité d’une coopération régionale accrue en matière de sécurité. Par ailleurs, la gestion des ressources hydrauliques communes à l’Inde et au Pakistan ainsi qu’à l’Inde et au Népal, rend indispensable un dialogue entre les États d’Asie du Sud. Avec Islamabad, ce dialogue dépend en bonne part de la résolution du conflit du Cachemire, dossier sur lequel les deux pays travaillent depuis plusieurs années – et devenu central pour le président Obama.

Le 8 décembre 1985, la première organisation régionale de l’Asie du sud, la South Asian Association for Regional Cooperation (Saarc), voyait le jour. Elle regroupait l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, le Sri Lanka, le Népal, les Maldives et le Bhoutan. Il s’agissait d’un pari audacieux dans une zone confrontée à de nombreux conflits internes. Les deux principaux membres, l’Inde et le Pakistan, s’étaient déjà affrontés à trois reprises, en 1947-1948, 1964 et 1971. Cette organisation, qui concerne presque un milliard et demi de citoyens, se donnait comme objectif d’être l’Asean [2] de l’ouest et tentait d’exister à travers des accords principalement commerciaux et à des échanges culturels. Pourtant, la Saarc, dont la naissance avait été proposée par le dirigeant bangladais Zia-ur Rahman et dont le siège se trouve à Katmandou au Népal, ne rend pas suffisamment compte de la place qu’occupe aujourd’hui l’Inde dans la région et a fortiori en Asie et dans le monde. Les tensions indo-pakistanaises, dues au contentieux sur le Cachemire depuis 1989, les affrontements entre les deux pays à Kargil en 1999, puis le terrorisme international tout récemment, la guerre entre l’armée sri-lankaise et les rebelles des Liberation Tamil Tigers of Eelam (LTTE) depuis 1983, et la décennie de guérilla au Népal (de 1996 à 2006), empêchèrent une réelle coopération régionale. Le géographe français F. Landy et l’économiste indien B. Chaudhuri refusent de voir dans la Saarc le pilier d’une réelle coopération régionale. Ils insistent sur les dissensions qui animent l’Asie du sud et préfèrent parler à propos de la Saarc d’une série d’« assemblages continentaux » [3].

Paralysée par le contexte conflictuel de cette association, l’Inde s’est alors tournée progressivement vers l’Est pour asseoir son influence régionale. Le phénomène n’est pas nouveau : depuis l’Antiquité, des voyageurs, commerçants ou moines, ont quitté le sol indien pour se rendre en Asie du sud-est, en Asie centrale et dans la péninsule arabique. On pense au prosélytisme bouddhiste du Ve siècle avant notre ère, aux expéditions en Asie du sud-est entre le vie et le XIe siècle et aux migrations liées au commerce avec les pays arabes dans l’océan Indien. Les contacts ont été fréquents depuis l’Antiquité, notamment en Malaisie et en Corée. Le Périple de la mer d’Erythrée, rédigé au cours du Ier siècle après J.-C., décrit déjà les commerçants de l’Asie du Sud sillonnant tout l’Océan Indien [4]. En Thaïlande, la présence indienne remonte aux périodes Sukhôtai et Ayutthaya (un dérivé du nom Ayodhya) au XIVe siècle. Par ailleurs, la propagation du bouddhisme est souvent citée pour attester de la présence indienne en Asie il y a plus de deux millénaires. Mais si quelques Indiens se sont alors installés hors de leur pays pour fonder des familles ailleurs en Asie, les migrations de masse datent de la période coloniale, notamment pour le golfe Persique ou l’Afrique orientale. Car les Britanniques ont exporté des Indiens vers leurs plantations et leurs territoires asiatiques, soit comme coolies sous le système de l’ indenture (travail sous contrat), soit comme cipayes (soldats). Les autorités coloniales ont également utilisé des soldats indiens pour achever la conquête de la Birmanie, des Philippines, de Singapour et de Hong Kong. 600 soldats et travailleurs indiens envoyés par le Nawab d’Arcot à Madras ont permis aux Britanniques d’occuper les Philippines de 1762 à 1764. De même, les cipayes de Sir Stamford Raffles envoyés pour protéger le passage des navires de la Compagnie orientale des Indes furent les premiers Indiens de Singapour, et l’on comptait en 1841 4 commerçants et 2 700 militaires indiens sous la bannière de l’empire à Hong Kong.

La base démographique des Indiens d’Asie, de la Thaïlande jusqu’aux Fidji, est donc constituée aujourd’hui encore des descendants de coolies, rejoints peu à peu au début du XXe siècle par des Indiens « libres », principalement commerçants, et renforcés depuis quelques décennies par des cadres et des étudiants. Avec l’Afrique et surtout la Caraïbe, l’Asie fut la destination principale des coolies, envoyés travailler sur les plantations. La plupart d’entre eux viennent du Tamil Nadu, de l’Andhra Pradesh, du Kerala, de l’Uttar Pradesh et du Bihar ; les musulmans sont nombreux parmi eux, tandis que les « Indiens passagers » (les Indiens dits « libres », c’est-à-dire les migrants ayant quitté l’Inde par leurs propres moyens en dehors du système du travail sous contrat) sont majoritairement Sikhs, hindous Sindhis, hindous et musulmans Gujaratis. En Malaisie, les flux les plus importants remontent aux années 1911-1930, mais les expropriations qui ont suivi l’indépendance en 1948 et le coup d’État militaire de 1962 ont mené à un véritable exode. Les descendants des travailleurs sous contrat, enrichis depuis leur arrivée, ont quitté le pays, où ne sont restés que les Indiens les plus pauvres. Dans ce pays, les Indiens n’ont aujourd’hui qu’un poids politique négligeable, en raison de leur manque de capital social et financier, alors même que les 1 665 000 personnes d’origine indienne représentent 7,3 % de la population totale.

Aujourd’hui, les pays qui restent les plus marqués par l’ indenture sont la Guyana, Trinidad et Tobago, Maurice et Fidji, où une grande partie de la population actuelle est d’origine indienne. Cette histoire commune sert de socle à la Look East Policy (la politique de regard vers l’Est, mise en place dans les années 1990). La participation de l’Inde à la Indian Ocean Rim Association for Regional Cooperation (IOR-ARC), une association pour le développement des relations commerciales fondée en 1995 et relancée en 1997, ainsi que les nombreux accords bilatéraux signés depuis une quinzaine d’années, témoignent par ailleurs de son regain d’intérêt pour l’Asie du Sud-est et le pourtour de l’océan Indien. Enfin, la diaspora fait office de lobby pro-New Delhi à Washington tandis que le rayonnement indien s’appuie sur les produits culturels et notamment sur l’exportation de son cinéma, positionnant l’Inde comme un pays attirant, une puissance détenant un fort soft power, pour reprendre l’expression de Joseph Nye.

La Chine, un modèle…

Pour l’essentiel, la position de l’Inde en Asie reste largement influencée par ses relations avec la Chine. La rivalité entre les deux pays est assez récente. Alors que se dessinaient les contours de la guerre froide, Jawaharlal Nehru voyait dans le voisin chinois un partenaire de choix dans une alliance asiatique devant servir de troisième voie et d’alternative au modèle de développement occidental. C’est de cette époque que datent la « politique de la main tendue » et le slogan «  hindi-chini bhai bhai » (les Indiens et les Chinois sont des frères). La guerre de 1962 et l’annexion du Ladakh par Pékin ont mis fin à cette amitié. L’humiliation ressentie à New Delhi lorsque la Chine a annexé l’Aksai Chin, une partie du Cachemire, s’est muée en une animosité qui perdure toujours au sein de l’élite indienne. Ainsi, les autorités indiennes ont pris le prétexte de la menace chinoise pour justifier leurs essais nucléaires en 1998.

Pourtant, la bourgeoisie est fascinée par les réformes et le décollage économique de l’Empire du milieu et par l’autoritarisme chinois qui contraste avec la démocratie indienne. Citée en exemple par les gouvernements indiens pour sa réussite économique, la Chine s’est peu à peu imposée comme un modèle et un compétiteur, plus que comme un ennemi. Les deux pays se sont d’ailleurs rapprochés ces dernières années, ce qu’a confirmé la visite en Chine du Premier ministre Atal Behari Vajpayee en juin 2003, la première visite d’un chef de gouvernement indien à Pékin depuis dix ans. À cette occasion, l’Inde a reconnu la souveraineté chinoise sur le Tibet, mesure hautement symbolique pour le pays qui accueille le Dalaï Lama et le gouvernement tibétain en exil à Dharamsala. La Chine a reconnu, quant à elle, la souveraineté indienne sur le Sikkim, un royaume annexé et rattaché à la République indienne en 1975. Moins de deux ans plus tard, en avril 2005, le Premier ministre chinois Wen Jiabao s’est rendu en voyage officiel en Inde. À cette occasion, New Delhi et Pékin décidèrent que 2006 serait l’« année de l’amitié sino-indienne » et, surtout, signent un accord de « partenariat stratégique » qui jette les bases pour le règlement des contentieux frontaliers qui datent de la guerre ayant opposé les deux pays en 1962. Car la Chine conteste l’appartenance à l’Inde de l’Arunachal Pradesh, région proche du Tibet, et occupe toujours l’Aksai Chin dans la région du Cachemire. Si ces questions territoriales n’ont toujours pas été réglées, les deux pays n’en ont pas moins amorcé un réel rapprochement depuis quelques années, notamment dans le domaine économique. Ils ont par exemple acheté, en janvier 2006, des gisements pétroliers en Syrie qu’ils exploitent conjointement. Quant au commerce bilatéral, il a été multiplié par huit entre 2002 et 2008, pour atteindre aujourd’hui un volume de 40 milliards de dollars.

Ayant entamé ses réformes économiques treize ans après la Chine, en 1991, l’Inde est fascinée par le décollage économique de son grand voisin, et cherche à l’imiter. Cette stratégie est visible à Maurice, par exemple, qui lui sert de plaque tournante et de relais pour ses investissements en Afrique. Grâce aux zones franches facilitant la ré-exportation, Maurice est même devenue le premier investisseur étranger en Inde ; elle sert de lieu de transit pour les hommes d’affaires de la diaspora qui cherchent à exporter en Inde tout en bénéficiant d’avantages douaniers, sur le modèle de Taïwan pour la diaspora chinoise. Par ailleurs, dans son effort d’imitation du modèle chinois de croissance par l’exportation (voire la ré-exportation), le gouvernement indien veut encourager les joint ventures, en partenariat avec sa diaspora [5]. Les Indiens non-résidents (NRI) de la zone du Indian Ocean Rim Initiative[6] établissent déjà des joint ventures dans leurs pays d’accueil, créant ainsi des lieux d’accumulation et des relais financiers. Ainsi, la diaspora indienne adopte progressivement le rôle d’intermédiaire, sur le modèle des Chinois d’outre-mer. L’entreprise Indus Holdings illustre la nouvelle fonction de la diaspora : fondée par la famille Hinduja, cette société dirige les exemptions d’impôts vers l’île Maurice et canalise les investissements de la diaspora dans les secteurs de la banque, de la communication, de l’énergie, des aéroports et des transports urbains vers l’Inde.

...mais une rivale

Malgré ce réchauffement et ces stratégies d’imitation dans le domaine économique, l’Inde et la Chine continuent pourtant de s’affronter dans le domaine diplomatique et sécuritaire. Le principal théâtre de cette rivalité est l’océan Indien. L’Inde ne s’en était guère préoccupé, considérant paradoxalement que cet espace gigantesque qui portait son nom constituait sa sphère d’influence naturelle. Depuis peu, elle essaie de s’imposer dans cette région, en réaction à la montée en puissance de la Chine et à ce que New Delhi perçoit comme une menace d’endiguement ou de containment. Dans le golfe du Bengale, l’armée indienne a mis en place un poste de commandement militaire dans les îles Andaman et Nicobar, pour surveiller les activités chinoises dans le golfe du Bengale. La Birmanie, en effet, a installé des radars de fabrication chinoise et des stations d’écoute dans les îles Coco, à quelques kilomètres au nord de l’archipel des Andaman, ainsi que dans le port fluvial de Bhamo, à Kyaukpyu, à Moulmein et à Mergui. Grâce à ces centres, les Chinois ont accès à des informations sur les équipements militaires indiens installés dans l’État côtier d’Orissa, à l’est de l’Inde. Grâce à son allié birman, la Chine a pu accroître ses activités dans une zone sensible proche de la sphère d’influence de son grand voisin asiatique. Loin d’être de simples curiosités ethnologiques, les archipels autrefois négligés d’Andaman et Nicobar occupent à présent une place centrale pour l’Inde – qui se rêve en grande puissance économique et géostratégique face à son rival chinois.

L’aide indienne à la construction du port de Chahbahar, en Iran, répond à la construction par la Chine du port de Gwadar au Pakistan. Et l’acquisition de matériel militaire permet à la marine indienne de naviguer en eaux profondes ; cela permet à l’Inde de renforcer sa présence et d’affirmer sa puissance face à la Chine, en organisant des manœuvres navales conjointes avec les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et Israël, et en participant à la lutte contre la piraterie dans le détroit de Malacca ainsi que dans le Golfe d’Aden (en partenariat avec la Somalie). L’Inde a aussi développé ses relations avec l’Iran et la Russie en signant avec eux en mai 2003 l’accord de Saint-Pétersbourg : celui-ci doit permettre la formation d’un « corridor nord-sud » et l’acheminement du pétrole et du gaz entre l’Inde et la Russie, via l’Asie centrale et le Caucase. New Delhi voit dans ce multilatéralisme la possibilité de s’affirmer comme une puissance régionale de premier plan, tandis que Washington la soutient avant tout pour faire contrepoids à l’émergence de la Chine au rang des grandes puissances internationales.

L’Inde reconnue comme grande puissance

Outre son ambition de s’imposer en Asie, l’Inde espère, comme la Chine, être reconnue en tant que grande puissance internationale. La revendication d’un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’Onu relève de cette logique. Soutenue par l’Allemagne, le Japon et le Brésil, elle est même prête à abandonner le droit de veto, véritable pierre d’achoppement dans les négociations et condition du soutien de la France, du Royaume-Uni et de la Russie, afin d’obtenir le siège convoité et de voir ainsi sa puissance confirmée. Par ailleurs, les entreprises indiennes ou dirigées par des Indiens non résidents sont de plus en plus visibles : ainsi Mittal Steel, le leader mondial de la sidérurgie, qui a acquis le français Arcelor en 2006, ou Tata Steel qui a racheté l’entreprise anglo-néerlandaise Corus la même année.

Plus généralement, c’est dans les domaines militaire et nucléaire que l’Inde cherche à s’affirmer comme une grande puissance, dans et au-delà de sa zone d’influence historique. Ainsi, son budget militaire a augmenté de 38 % en 2009. Mais l’Inde s’est principalement imposée dans le secteur du nucléaire. Non signataire du traité de non-prolifération, puissance nucléaire de facto mais non reconnue, New Delhi subissait depuis 1974, année de ses premiers essais, un embargo international du Groupe des fournisseurs nucléaires. À l’automne 2008 et après trois ans de négociations, elle a fini par accéder au club très fermé des puissances nucléaires, par l’intermédiaire de la signature et de la ratification de l’accord de coopération indo-américain sur le nucléaire civil [7]. Ce texte prévoit la fourniture de matériel et le transfert de technologies entre les deux pays, pour une durée de quarante ans. En cette affaire, la diaspora indienne aux États-Unis a joué un rôle majeur dans la concrétisation de l’accord, en se livrant à un lobbying intense auprès des élus américains [8].

Afin d’atténuer sa dépendance envers les Américains, l’Inde cherche maintenant à faire commerce avec certains des 45 membres du Groupe des fournisseurs nucléaires, au premier rang desquels figurent la France et la Russie, afin d’atteindre son objectif de 30 réacteurs supplémentaires d’ici une vingtaine d’années : dans ce cadre, le Président français a signé un accord de coopération nucléaire avec l’Inde en septembre 2008. Répondant aux immenses besoins énergétiques de l’Inde, cette évolution est dénoncée comme un dangereux précédent par les partisans du non-alignement et de la non-prolifération. Ces derniers soulignent par ailleurs que le plan de relance indien pour faire face à la crise économique mondiale est l’un des seuls qui ne comprenne aucun volet consacré au développement durable et aux énergies renouvelables. La question du développement et de la quête de puissance débouche donc sur celle de la pérennité de la démarche indienne et de ses conséquences à la fois environnementales et sociales.

Le développement de la recherche spatiale et le lancement de la sonde Chandrayaan 1, le 22 octobre 2008, participaient de la même quête de puissance. Avec la mission Chandrayaan, New Delhi espère non seulement trouver de l’hélium 3, qui pourrait servir de combustible pour de futurs réacteurs nucléaires ainsi que des minerais, mais aussi s’imposer comme un des rares pays qui, à l’instar des États-Unis, de la Russie, de l’Europe, du Japon et de la Chine, peuvent lancer un engin spatial de fabrication locale. Le lancement de la sonde chinoise Chang-e 1 un an auparavant n’est sans doute pas étranger non plus à la démarche de l’Inde, toujours en compétition avec la Chine. En 2007-2008, New Delhi a effectué plusieurs lancements spatiaux et rêve de conquérir 2 à 3 % du marché mondial des satellites commerciaux.

On peut s’interroger sur la finalité de cette quête de puissance alliant « hard » et « soft power » et sur la viabilité des politiques de puissance dans une démocratie. En effet, les citoyens sont capables d’imposer un vote sanction quand un gouvernement sortant n’a pas su redistribuer les fruits de la croissance et du développement. C’est ce qui s’était passé pour le Bharatiya Janata Party (Parti du peuple indien, BJP, au pouvoir de 1998 à 2004), pourtant confiant de remporter les législatives de 2004. Son slogan, « l’Inde qui brille », faisait référence aux progrès économiques du pays et à son entrée dans le club des grandes puissances. Ce slogan avait choqué : les contrats nucléaires, les rachats de grandes entreprises étrangères ou les sondes spatiales, même s’ils suscitent un fort sentiment nationaliste, ne font pas oublier que près de la moitié des enfants indiens souffrent de sous-nutrition. Le parti du Congrès avait remplacé le BJP, mais en poursuivant sa politique étrangère, énergétique, économique, nucléaire et spatiale. Cinq ans plus tard, les électeurs indiens sont à nouveau appelés aux urnes. Il leur reviendra de dire si cette quête effrénée de puissance peut et doit continuer.


1 / Voir Gilles Bocquérat, « Une puissance en quête de reconnaissance », dossier « L’Inde, grande puissance émergente », Questions internationales , n° 15, septembre-octobre 2005, pp. 20-27
2 / Association des nations de l’Asie du Sud-est, regroupant l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, Brunei, le Viet Nam, la Birmanie, le Laos et le Cambodge
3 / Frédéric Landy et Basudeb Chaudhuri, Globalization and Local Development in India , Manohar, New Delhi, 2004, p. 8
4 / Singhvi, L. M. et alii., High Level Committee Report on the Indian Diaspora , New Delhi, 8 janvier 2002, p. 93. Disponible sur : http://indiandiaspora.nic.in/contents.htm
5 / Le budget 2002-2003 préconise ainsi de plus grandes facilités administratives pour l’établissement de joint ventures à l’étranger
6 / L’IORI est devenue l’IOR-ARC ( Indian Ocean Rim-Association for Regional Cooperation) et regroupe les pays d’Asie du Sud-est, du Pacifique et d’Afrique orientale. La France, le Royaume-Uni, la Chine, l’Egypte, et le Japon en sont partenaires
7 / Nicolas Blarel, « Washington-New Delhi : Portée et limites d’un rapprochement », pp. 54-72, in Christophe Jaffrelot (dir.), New Delhi et le monde. Une puissance émergente entre realpolitik et soft power, Autrement, 2008
8 / Ingrid Therwath, « La diaspora indienne comme acteur international », pp.110-124, in Christophe Jaffrelot (dir.), New Delhi et le monde, op. cit.



Article également accessible sur Cairn.info 

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