©Adam Jones, Ph.D/Flickr/CC©Adam Jones, Ph.D/Flickr/CC



 

La spectaculaire croissance économique de l’Inde n’a pas réduit la pauvreté. Pour combler le fossé qui s’élargit entre les bénéficiaires de la mondialisation et la masse des laissés pour compte, deux visions du développement s’affrontent.

Avec la toute dernière vague de libéralisation de l’économie indienne et la globalisation de notre monde, le développement de l’Asie du Sud est plus que jamais pétri de contradictions que l’on persiste à refuser d’examiner avec le sérieux qu’elles méritent. L’ordre social est encore plus gravement faussé en faveur des riches et au détriment des pauvres. Les élites des classes supérieures et des castes deviennent de plus en plus cosmopolites et gagnées à la mondialisation. Bien sûr, l’économie se développe : d’après les chiffres officiels, la croissance a été de 7,6 % en 2006 et 2007 et devait atteindre 8 % en 2008. Mais en raison de la crise financière, ces chiffres ont été fortement révisés à la baisse : la Banque mondiale donne 5,5 % pour 2008, 4 % pour 2009 et 7,1 % pour 2010. Compte tenu des circonstances, ces chiffres indiquent une croissance qui reste forte pour une économie émergente. Mais le fossé relatif entre les riches et les pauvres, entre les puissants et ceux qui sont marginalisés, s’est approfondi ; il risque désormais de se transformer en un véritable gouffre, alors que les extrémismes de toutes sortes (marxistes, séparatistes, de castes, religieux, communautaires, etc.) prospèrent dans la société indienne.

L’Inde brille-t-elle ?

La modernisation rapide de l’Inde pour bâtir une nation forte et prospère, imposant le respect à la communauté internationale, s’est accélérée au début de la décennie, sous l’impulsion de l’Alliance démocratique nationale (NDA) conduite par le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP). La manipulation du « nationalisme culturel » par ce dernier a donné naissance à de dangereux antagonismes accentuant encore les divisions entre les communautés religieuses et les castes. Cette évolution s’est traduite par l’étalage sans complexe d’une « Inde qui brille », célébrant avec suffisance une consommation outrancière de la part des riches et de ceux dont la situation est sûre, mais négligeant « l’autre Inde » condamnée à l’obscurité et désespérée. Ce cynisme cherchait à gagner les classes moyennes de la société à un programme concocté par les élites, en abandonnant les pauvres à leur sort. Déjà manifestes depuis une dizaine d’années, les contradictions se sont accrues pour déboucher sur un scénario désastreux de violences intercommunautaires et de tensions politiques, d’inégalités, de divisions interreligieuses et d’antagonismes de classes.

Aux élections générales de mai 2004, la masse des électeurs exclus de l’« Inde qui brille » a rejeté cette image et ceux qui en avaient propagé les valeurs. Si l’Inde devait briller, eux voulaient leur place au soleil. La politique identitaire de la religion et de la caste a été utilisée pour les mobiliser au service de causes trahissant leurs véritables intérêts. Elle ne leur a pas apporté le développement attendu. Ils se sont donc exprimés et, une fois encore, le balancier politique est revenu vers un gouvernement au centre.

Comment ce nouveau mandat a-t-il été mis en œuvre ? Le processus peut aussi bien conduire à une « circulation des élites » plus qu’à un réel changement de position pour les masses. Pour l’instant du moins, un Programme commun minimum national plus inclusif a été élaboré, qui vise à réconcilier les diverses religions dans une société plurielle et à jeter des ponts au-dessus des disparités économiques en vue de créer une société plus équitable. Mais si ce programme ne se traduit pas résolument en actes, il pourrait en rester au stade des déclarations de bonnes intentions, masquant un nouveau genre d’alliances et de cooptation.

La pauvreté du développement

Le débat des années 90 sur les niveaux de pauvreté est resté en suspens, malgré la masse de données accumulées et d’analyses critiques des experts issus de tout l’éventail économico-politique. Les jugements contradictoires portés alors sur les réformes économiques de l’époque se fondaient sur des motivations plus politiques que statistiques. Les effets des réformes économiques des années 90 sur les niveaux de pauvreté ont fait l’objet de polémiques, sans que des conclusions consensuelles aient été dégagées à ce jour. Les optimistes extrapolent un développement de la classe moyenne pour escompter une élimination rapide de la pauvreté dans le pays, les sceptiques soulignent que les réformes ont favorisé les riches et échoué auprès des pauvres, en particulier dans les campagnes. Entre les deux, certains font valoir le taux de croissance positif et l’absence de preuves convaincantes pour dire que l’écart des niveaux de consommation se creuse entre riches et pauvres.

Si être pauvre, c’est consommer moins de 2 400 calories par personne et par jour en zone rurale, 75 % de la population rurale indienne est pauvre aujourd’hui ; ce pourcentage était de 56 % en 1973-74 [1]. Les inégalités et la pauvreté ont donc bien été exacerbées par la libéralisation et la mondialisation. Une récente tentative de « redéfinition de la pauvreté » a défini un « nouveau seuil de pauvreté pour une nouvelle Inde » : il utilise des normes nutritionnelles, les besoins de santé fondamentaux, l’accès à un abri et au système sanitaire ainsi que diverses dépenses ménagères, pour aboutir à un montant d’environ 840 roupies (14 euros - ndlr) par mois et par personne. Si l’on se réfère au rapport de l’Office national de la statistique (NSS) sur les dépenses des ménages en 2001, ce critère placerait 68,8 % de la population du pays au-dessous du seuil de pauvreté (le chiffre étant de 84,6 % dans les campagnes et de 42,4 % dans les villes). Mais à partir d’estimations différentes, d’autres arrivent à des conclusions opposées : le nombre de personnes au-dessous de ce seuil de pauvreté aurait rapidement décru à moins de 15 % de la population totale sur la décennie 1990-2000, avec une réduction des inégalités sur les dernières années 90 [2].

Les chiffres officiels de l’Office national de la statistique ( National Sample Survey Organization, NSS) se situent quelque part entre les deux. « Les estimations établies sur une base de 30 jours, qui étaient les seules théoriquement comparables avec les précédentes estimations de la pauvreté datant des années 1993-1994, ont montré que les taux de pauvreté avaient reculé entre 1993-1994 et 1999-2000, la pauvreté estimée des ménages ruraux tombant de 37 à 27 % et celles des ménages urbains de 33 à 24 %. Pendant ces six années, la pauvreté a baissé de dix points complets, passant de 36 à 26 % pour l’ensemble de l’Inde » [3].

Ces chiffres, ratifiés par le gouvernement, se sont heurtés à un large scepticisme. Même si on leur accorde une certaine crédibilité, notre démocratie peut-elle accepter, alors qu’elle voit croître son économie, de voir un quart de la population au-dessous du seuil de pauvreté - ce qui représente plus de 225 millions de personnes en Inde ! Surtout quand la pauvreté, comme c’est le cas ici, n’est pas mesurée en fonction de critères minima de santé, d’éducation et de sécurité mais selon un simple niveau de survie, ne doit-on pas considérer plutôt qu’il s’agit d’une mesure de la misère ?

Quand bien même le pourcentage de ceux qui sont au-dessous du seuil de pauvreté a diminué, le nombre des pauvres, en revanche, a continué d’augmenter en chiffres absolus en raison de la croissance de notre population. L’Inde reste le pays qui compte le plus grand nombre d’illettrés adultes dans le monde. Selon le recensement national de 2001, seulement 65,38 % de la population – 75,85 % des hommes et 54,16 % des femmes – savent lire et écrire. Quant à la pauvreté absolue, « l’Inde compte environ 20 % des personnes vivant dans le monde avec moins d’un dollar par jour, de sorte que ce qui se passe en Inde ne reflète pas seulement la tendance mondiale, mais en constitue l’un des déterminants majeurs » [4].

Par ailleurs, l’écart relatif entre ceux qui vivent au-dessous et ceux au-dessus du seuil de pauvreté n’a cessé d’augmenter. Il est devenu plus visible : les quantiles les plus bas – les plus pauvres des pauvres – ont plongé plus profondément encore dans la pauvreté sans aucun filet de secours lorsque la misère menace. L’écart entre la consommation ostentatoire des super-riches et l’extrême dénuement de ceux qui sont désespérément pauvres est désormais caricatural. Cette disparité se reflète dans l’inégalité des relations d’échange et dans des équations de pouvoir asymétriques, qui risquent de s’auto-perpétuer et de nourrir des tensions dangereuses.

Nous devons l’admettre : si elle a facilité la croissance économique et bénéficié aux privilégiés, la libéralisation n’a pas offert d’occasions en matière sociale dont les défavorisés auraient pu tirer profit. Au contraire, le modèle de développement recherché a plutôt introduit de nouveaux modèles de clientélisme, fondés sur l’argent et l’influence ; et ces modèles ont supplanté les vieilles obligations de loyauté et de protection qu’aucune norme de justice et de respect n’a remplacées dans la société civile. La corruption est devenue endémique à tous les niveaux et dans tous les domaines. La loi semble impuissante devant les riches et ceux qui ont des relations : ils peuvent littéralement tuer sans être inquiétés. La saleté des taudis à côté du scintillement des gratte-ciel de nos villes, le suicide des petits paysans étranglés par les dettes tandis que le capital-risque prospère…, tel est l’autre visage, honteux de « l’Inde qui brille ».

Contradictions et conflits

Une sensibilisation des classes aisées et la conscientisation militante des pauvres permettront-elles de progresser vers une bonne gouvernance et peut-être de gérer la crise pendant un certain temps ? Mais des cassandres prédisent  depuis longtemps une catastrophe, et voici que des chercheurs sérieux dépeignent aujourd’hui des scénarios alarmants de dégradation écologique et de pollution, de changements climatiques et d’agriculture insoutenable, de pénurie d’eau et de crises énergétiques. Or les effets de ce bouleversement s’accélèrent, sans qu’il perde de son ampleur.

Les réponses apportées jusqu’ici ne sont pas à la hauteur de la crise. Elles ont, au mieux, sensibilisé à l’urgence d’affronter une situation difficile. Mais celle-ci appelle à changer de paramètres pour faire face aux dilemmes rencontrés. En attendant, les contradictions et conflits qui persistent sur le terrain se sont plutôt aggravés, prenant désormais des proportions alarmantes.

Fossés technologiques

La course technologique dans laquelle l’Inde s’est engagée ne se préoccupe guère de la technologie « appropriée » ou « intermédiaire » pour une société à la mesure de l’homme [5]. La course vers la puissance produit de la laideur ! Ses applications dévoreuses d’énergie et sa dépendance vis-à-vis des carburants fossiles ne pourront être durablement maintenues, alors que l’on atteint les limites écologiques d’un environnement de plus en plus fragilisé. Ce type de technologie fait partie du problème plus qu’il n’y apporte de solution viable. Poursuivre dans cette voie aggravera sans doute le cercle vicieux d’une technologie inappropriée. L’informatique, fer de lance de l’émergence de l’Inde dans le xxie siècle, est une technologie haut de gamme qui n’emploie et ne sert que ceux qui appartiennent déjà aux couches supérieures de notre société. Que l’Inde soit mondialement compétitive en ce domaine ne signifie rien pour ceux qui en sont exclus, car cette technologie les dépasse complètement. L’effet éventuel d’irrigation bénéfique dans la société est terriblement lent et il n’est pas nécessairement caractéristique de l’économie de marché. Le fossé numérique ne fait que reproduire, en les renforçant, les autres inégalités socio-économiques. Il est probable que cette technologie ne soit pas la pure bénédiction escomptée, et plus vite nous travaillerons cette question, plus nous atténuerons la malédiction qu’elle pourrait devenir.

En Inde, particulièrement, il est étonnant de voir combien la technologie moderne, censée faire progresser la « mentalité scientifique » si chère à Jawaharlal Nehru, a introduit une sorte de schizophrénie : celle-ci compartimente la vie des gens entre un engouement pour cette technologie scientifique et ses gadgets, et une confiance croissante dans les pratiques irrationnelles et le ritualisme religieux. Qu’il s’agisse de tabous traditionnels ou de superstitions modernes, d’horoscopes astrologiques ou de potions magiques, ces pratiques continuent d’influencer de façon disproportionnée la vie des hommes politiques et des professionnels, des hommes d’affaires et des ouvriers, des riches et des pauvres.

Un million de révoltes

Les mouvements de protestation et de rébellion nés sur le terrain se sont consolidés et de mieux en mieux organisés. Il n’est plus possible de les ignorer. Leur visée politique articule les vieilles catégories de classes et de castes, en y intégrant les questions nouvelles de la sexualité et de l’écologie. Elles ne s’inspirent ni des idées politiques traditionnelles des anciens partis ni des dernières technologies modernes, mais de la « conscientisation » de Paulo Freire [6] et des « technologies appropriées » de E.-F. Schumacher, de l’ ahimsa et du satyagraha de Gandhiji et de la sampurna kranti (révolution totale) de Jay Prakash Narayan. Contre l’exclusion et les inégalités provoquées par une mondialisation hégémonique, elles préconisent le vieux principe indo-aryen de vasudaiva kutumbakam (le monde considéré comme une famille). Alliées aux concepts gandhiens de swaraj et de swadeshi, elles appellent à une mondialisation de la charité et de l’équité partant du bas vers le haut, à la métaphysique d’un monde constitué de cercles océaniques inclusifs s’élargissant sans fin, à une démocratie anti-hégémonique [7] qui remplacerait la démocratie « à faible intensité » dont s’accommode une mondialisation hégémonique.

De nombreux mouvements dans cette ligne ont pris de l’ampleur et bien d’autres, plus récents, font sentir leur présence. Ils sont porteurs d’une véritable critique et pointent des possibilités nouvelles, sans être encore capables de mettre en œuvre par eux-mêmes un programme de « développement alternatif » ou « une autre politique ». Pourtant, ils contribuent à une prise de conscience des populations marginalisées : les pauvres et les dépossédés, les dalits et les membres des tribus, les femmes et les jeunes, les ouvriers et les paysans. Ils éveillent, jusqu’au cœur des différents courants sociaux et politiques, un sentiment d’urgence qu’il est devenu impossible de faire taire.

Sous l’impulsion d’abord de Narmada Bachao Andolan [8], des mouvements écologiques ont mis en garde contre les grands projets de développement : ceux-ci, pour obtenir leur homologation environnementale, doivent désormais satisfaire à des critères plus rigoureux. Après des débuts tâtonnants, des mouvements de femmes se sont fortement développés. Ils regroupent aujourd’hui des femmes de toutes classes et de toutes castes, des villes et des villages, exerçant une profession ou des tâches ménagères. Il faudra compter avec cette force ! Par ailleurs, les suicides de paysans ont attiré l’attention sur la situation désespérée de l’agriculture. Les hommes politiques ont été contraints de réagir face aux problèmes des petits agriculteurs. Les mouvements tribaux affirment leur identité, et les mouvements de dalits croient davantage à leur poids politique…

Il est vrai que les travailleurs demeurent cruellement exploités et que le travail des enfants n’est pas aboli. Mais ces abus, ainsi que d’autres, sont désormais portés sur la place publique et affectent plus vivement notre conscience politique. Cependant, peut-on prétendre pour le moment que tous ces nouveaux mouvements soient orientés vers la solidarité et l’équité ?

Les analyses critiques des intellectuels et la créativité des artistes indiens n’ont pas encore donné le sens et la motivation nécessaires pour un nouveau commencement. Fondées sur la caste et la religion, les politiques identitaires ont précipité une « politique de passion ». Les identités religieuses sont devenues plus fondamentalistes, elles sont facilement manipulées au service d’une « politique de haine », entraînant de violentes émeutes intercommunautaires. Les castes et les mouvements régionaux succombent au chauvinisme, se morcelant progressivement, et tombent sous la domination d’élites oppressives. L’extrémisme extraparlementaire adopte une stratégie de violence pendant que le nationalisme culturel promeut les conflits religieux à l’intérieur de la politique électorale. Tous ces facteurs forment un mélange explosif qui menace les fondements d’une « République souveraine, socialiste, laïque et démocratique », comme le proclame le préambule de la Constitution indienne. La souveraineté semble sacrifiée sur l’autel de la superpuissance, et le socialisme sur celui de la nouvelle politique économique. La laïcité est en sérieux danger. Des politiciens criminels se sont approprié les institutions démocratiques.

Pourtant, la vie politique a été touchée elle aussi en ses fondements, et pour le meilleur : aucun gouvernement ne peut plus désormais ignorer la nécessité de garantir les droits fondamentaux et de travailler à répondre aux besoins de base. S’il s’y soustrait, il est sanctionné par les électeurs. La nécessité d’intégrer les extrémistes dans le processus politique normal et de ne pas isoler les minorités, religieuses en particulier, est plus largement acceptée. La discrimination positive en faveur des groupes plus faibles acquiert une légitimité croissante. Le Programme commun minimum national de l’Alliance unie pour le Progrès veut s’inscrire dans ce nouveau scénario, en s’étendant aux marginaux et à tous les exclus de la population. Sa mise en œuvre est supervisée de l’intérieur du gouvernement par le Conseil consultatif national et de l’extérieur par les partis de gauche qui soutiennent le gouvernement.

La crise actuelle invite à se réveiller et à réévaluer le modèle de développement adopté, en critiquant les gains apparents qu’il est censé avoir apporté. Les conséquences des violences intercommunautaires persistantes, comme l’escalade du terrorisme dans le sous-continent, sont devenues inacceptables. Les élections générales de ce mois de mai 2009 peuvent être l’occasion d’un réveil, celui d’un peuple heureux plutôt que celui d’une grande puissance !


1 / Utsa Paitnik, The Republic of Hunger , vol 32 n° 9-10, sept-oct. 2004, pp. 9-35
2 / Surjit S. Bhalla, “Recounting the poor    ; poverty in India 1983-1099”, Economic and politicalweekly , vol 38,n°4, 25 janvier 2003
3 / Angus Deaton & Valerie Kozel, The great Indian Poverty Debate , ed Macmillan, Delhi, 2005
4 / Ibid ., 1
5 / Ernst-Friedrich Schumacher, Small is Beautiful, Une société à la mesure de l’homme , coll. Points-essais, Seuil, 1979
6 / Paulo Freire, Pédagogie des opprimés , Petite collection Maspero, 1974 (rééd. 2001).
7 / Bonaventura de Souza Santos, “Toward a multicultural Conception of human Rights”, Zeitschrift für Rechtssoziologie , vol 18, n 1, 1997, pp 1-15
8 / Save the Narmada Movement



Article également accessible sur Cairn.info 

Fonctionnalit\E9 r\E9serv\E9e aux abonn\E9s