L’opinion s’y montre très sensible : les rapports entre les entreprises et les territoires sont en pleine évolution. Beaucoup s’indignent des délocalisations, quand d’autres vantent « les entreprises sans usines »  ! Face à la libéralisation des échanges, d’aucuns en appellent au patriotisme économique… Ce dossier invite à décrypter les nouvelles règles du jeu et les difficultés pour les acteurs, publics et privés, de les infléchir du fait même qu’elles se négocient au niveau mondial.

Dans le modèle fordiste, le rapport était « connaturel », les entreprises exploitant les ressources naturelles et humaines du territoire qu’elles faisaient vivre. La richesse créée par l’intégration des ressources et la division du travail dépendait des économies d’échelle réalisées. Le nouveau modèle qui est en train de se mettre en place, met les territoires en compétition pour s’intégrer dans les réseaux mondiaux de connaissance et d’innovation et pour répondre au bien-être d’une population de plus en plus mobile. La richesse provient autant de la coopération des acteurs que de leur originalité sur des marchés en perpétuelle mutation.

En réalité, ces deux types de rapports se superposent toujours sur un même espace. La « nouvelle économie géographique » dépend de l’ancienne et s’appuie sur la vitalité des métropoles qu’elle met en compétition. Ainsi demeure la question d’Aristote : « Peut-être, n’est-il pas possible de rechercher son bien propre sans se préoccuper du sort de la famille ou de la cité » [1] ? Ce dossier interroge ainsi la finalité de cette compétition au regard des inégalités qu’elle favorise et de la fragmentation des territoires qu’elle induit.


1 / Aristote, L’éthique à Nicomaque , Livre VI, chap. V.


Article également accessible sur Cairn.info 

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