Quels nouveaux territoires les hommes sauront-ils créer ? Ces territoires deviennent plus mobiles, traversés de flux et de réseaux. L’espace de chacun se fait multipolaire.

Le mot « territoire » désigne usuellement une partie de l’espace terrestre placée sous une même autorité, notamment le territoire national ou le territoire communal. D’une manière plus large, les spécialistes, géographes, économistes ou sociologues, désignent ainsi l’espace d’un groupe d’hommes et de femmes ayant en commun une certaine identité, des usages de l’espace assez semblables et homogènes, et manifestant sur celui-ci un relatif sentiment d’appropriation et d’appartenance. Ainsi parle-t-on, à différentes échelles, du territoire européen ou du territoire d’un groupe de jeunes de banlieue. Les deux « territoires », aux deux sens du mot, peuvent être distincts ou coïncider. Il y a bien un territoire libanais, celui de tous les Libanais, mais il se complique de l’imbrication, entre autres, des territoires des Chiites, des Sunnites, des Druzes ou des Maronites…

Les territoires sont en mouvement, comme le monde et la société. Les changements du dernier siècle, particulièrement des quarante dernières années, ont même été considérables. Les nostalgiques ou les simplificateurs affirment volontiers que les territoires ont perdu leur stabilité d’antan, ce qui est assez juste mais aussi partiellement faux : ils n’ont à vrai dire jamais été immobiles !

La mobilité, pierre angulaire

Les hommes, tous les hommes, sont devenus beaucoup plus mobiles, très inégalement il est vrai. Du fait du développement économique et de la révolution des transports (l’avion, le train à grande vitesse, le transport maritime des marchandises, la communication informatisée, le camion et la voiture individuelle), les rapports au temps et à l’espace ont changé profondément, à toutes échelles. La mondialisation ne se réduit pas à des flux entre les continents, elle se diffuse jusque dans l’intimité de la vie quotidienne, et notamment dans les rapports aux territoires de la vie.

En Europe, et en France particulièrement, la mobilité des hommes jusqu’aux années qui ont suivi la seconde guerre mondiale était relativement réduite, s’inscrivant dans des territoires d’usage et de pouvoir d’une certaine stabilité. Pour les usages, un triple héritage, multiséculaire : le village et le pays en milieu rural comme toile de fond ; la petite ville et la ville moyenne en héritage des Latins et des Grecs ; la cité industrielle en dernier apport depuis la fin du XVIIIe siècle. Pour le pouvoir administratif et politique, un solide triptyque depuis la Révolution : l’État, le département, la commune. Ce système territorial impliquait des déplacements limités, de quelques kilomètres de rayon dans la vie quotidienne, de plus grande ampleur pour les élites dirigeantes ou dans de grandes occasions sporadiques, les guerres, l’exode rural par exemple. Il a maintenant explosé… Pour s’en ternir aux relations domicile/travail, trois simples constatations : pour le plus grand nombre, l’importance des déplacements quotidiens rendue possible par l’usage de l’automobile individuelle ou des transports collectifs ; pour les cadres dirigeants, des déplacements fréquents aux échelles nationale, européenne, transcontinentale, grâce à l’avion ; pour les immigrés, des distances familiales, et souvent des déplacements familiaux, de type sud-nord, là encore transcontinentaux. Mais la mobilité ne se réduit pas aux trajets domicile/travail, elle s’étend de plus en plus aux autres activités de la vie, l’achalandage, les services, les relations familiales, et surtout les loisirs, le jeune « troisième âge » donnant l’exemple. La clientèle du métro de Paris est maintenant composée autant et même plus de voyageurs que motivent des raisons autres que le travail. La mobilité croissante des hommes substitue à un certain ordre géographique une turbulence et une nébuleuse de déplacements de toutes les distances et de tous les instants. Pour trouver des dominantes dans ce nouvel ordre, on distinguera plutôt des flux et des réseaux que des espaces bien délimités, que des territoires stables et dûment repérés.

S’agit-il d’un phénomène universel et à terme d’une poussée inéluctable et irréversible ? L’accroissement de la mobilité se manifeste partout, mais inégalement et bien entendu différemment. Elle était en avance sur le XXe siècle dans tous les pays de culture anglo-saxonne, aux États-Unis bien entendu où elle fut consubstantielle à la formation de la nation et de la puissance américaines, mais aussi en Grande-Bretagne et dans l’Empire britannique, révélant là un type de rapport à l’espace différent de celui de l’Europe continentale. La plupart des populations du Sud, malgré un moindre développement, ont de longtemps manifesté une certaine fluidité dans la définition de leurs espaces de vie, sans doute plus que dans la vieille Europe. Les déplacements divers y ont aussi partout augmenté. On aurait quelque difficulté à trouver maintenant dans le monde un pays assez reculé et archaïque, sans au moins quelques vieilles voitures, un aéroport de fortune pas trop loin, un téléphone mobile ou une station internet. En outre, les crises qui sévissent sporadiquement tendent à augmenter une mobilité de la misère ou de la survie, parfois jusqu’au paroxysme des migrations et du confinement dans les camps de réfugiés. Sous des modalités très diverses c’est bien la planète qui est devenue plus mobile, du moins ses populations et ses territoires.

Le phénomène est d’une telle force, d’une telle ampleur sur la longue durée, qu’il paraît bien inéluctable et irréversible. Mais dans quelles limites ? Deux éléments de rupture au moins sont perceptibles… L’intensité du changement climatique pourrait modifier l’importance et les modalités des grandes migrations, et peut-être celles de l’urbanisation. Surtout, une crise de l’énergie mal maîtrisée aboutirait à la restriction drastique de la mobilité à tous niveaux. Les deux phénomènes sont interdépendants. L’irréversible peut être interrompu, voire bouleversé, par une volonté collective ou par nécessité.

Métropolisation, au Sud et au Nord

Partout dans le monde, la population très mobile vit au sein des villes et dans des agglomérations de plus en plus grandes. Plus de la moitié de la population de la planète habite maintenant dans des villes et le taux d’urbanisation ne cesse d’augmenter. En France, il dépasse les 75 %. C’est dans ce cadre que s’inscrivent les territoires de vie des hommes. La ville a changé de nature au cours du dernier demi-siècle. De plus en plus importante par la population qu’elle agglomère. De plus en plus vaste par la surface qu’elle occupe. De plus en plus diversifiée et contrastée par les populations qui y vivent et par les formes de sa croissance. De vastes territoires juxtaposent les noyaux de villes anciennes, des banlieues, des villes nouvelles, des espaces intermédiaires moins denses mais en étroite relation avec les villes, des zones dites « rurbanisées », quelques espaces naturels préservés ou protégés… C’est le phénomène de la métropolisation, les nouveaux territoires à la fois denses et hétéroclites des métropoles de plusieurs millions d’habitants, voire des mégalopoles. La mégalopole du nord-est des États-Unis, sur plusieurs centaines de kilomètres, en a été longtemps l’archétype, de Washington à Boston. En France, c’est la métropole parisienne, mais aussi celles de Rhône-Alpes, des rivages méditerranéens, du Nord-Pas-de-Calais, et bientôt quelques autres.

Au sein de tels espaces, le réseau, ou plutôt les réseaux s’imposent plus que les territoires. Où sont donc les territoires de la vaste métropole parisienne ? Il y a cinquante ans, ils pouvaient s’analyser assez simplement par une turbulence quotidienne Paris – centre/Paris – banlieue et par des contrastes sociaux très lisibles. À l’heure actuelle, ils ont bien entendu conservé tout ou partie de ces traces, mais elles se compliquent dans une mobilité accrue et plus diversifiée, une tendance à la multipolarisation, la distinction de trois ou quatre « couronnes » d’urbanisation de nature assez différente (banlieue classique, villes nouvelles, zone « rurbaine », franges extérieures), la démultiplication de réseaux de toutes sortes recoupant le tout. Plus que jamais, chaque homme dispose de « son » territoire. Le géographe ne reconnaît plus que des dominantes.

Tendance d’une très grande force, présente sur tous les continents, stupéfiante dans les nouvelles mégalopoles des pays émergents comme la Chine, l’Inde, l’Indonésie, les Émirats, le Brésil, après les États-Unis et le Canada, l’Europe, le Japon… On voit mal ce qui pourrait l’arrêter. Quelques analystes ont estimé que la marche en avant des métropoles pourrait être interrompue par la révolution informatique, le travail tertiaire à domicile, la décentralisation possible de nombreuses entreprises à la campagne. Certes, la diffusion existe. Mais la concentration domine toujours et la facilité des communications l’a accentuée là où se trouvent les pôles majeurs. La révolution informatique a contribué à l’étalement des territoires métropolitains, à leur démultiplication, à leur anastomose, mais non à leur retrait ni même à leur plafonnement.

L’idéal de la proximité

En parallèle, et en apparent paradoxe, les hommes partout semblent rechercher avec avidité, parfois avec angoisse, des territoires de proximité, des lieux appropriés, des espaces identifiés, d’autant qu’ils sont soumis à une très grande mobilité. Certains y sont contraints. D’autres les construisent ou les idéalisent.

Les populations les plus défavorisées peuvent être contraintes au confinement, ce qui est bien le contraire de la mobilité, même lorsqu’elles se trouvent au terme d’une trajectoire de grande mobilité. C’est le cas des personnes les plus âgées, de plus en plus nombreuses, et aussi de certains parmi les plus pauvres des grandes métropoles, souvent d’origine immigrée. Dans les deux cas, et selon des modalités évidemment différentes, le quartier, la cité, la rue, le territoire de la vie quotidienne, trouvent une force particulière, selon des itinéraires et des repères dûment balisés, des frontières quasi étanches, parfois protégées.

Les classes moyennes, celles qui assurent toutes les activités ordinaires des métropoles, vivent pleinement la vie urbaine, souvent au prix d’une mobilité très lassante. La quête d’un espace de proximité s’exprime dans la recherche d’une vie de quartier, ou dans celle d’un territoire de compensation à la campagne pour les vacances et les week-ends, voire dans la complémentarité des deux phénomènes. Politiquement, l’exigence en est très forte. De nombreuses associations la relaient, sur les thèmes très variés du sport, des loisirs, de l’art, de l’école, du patrimoine, de l’histoire. La proximité territoriale doit se mouler dans une proximité sociale, même lorsqu’il s’agit de défendre la mixité. Cette quête, parfois couronnée de réussites, donne vie à des unités territoriales de base que l’on croyait désuètes, en France les quartiers, les communes, les petites villes.

Les cadres supérieurs et les dirigeants des entreprises mondialisées poussent à l’extrême le paradoxe de la mobilité et de la proximité. Leurs fréquentations sont planétaires, leurs rythmes ceux de l’aéroport. Leurs disponibilités de temps sont réduites et hachées, leurs relations intercontinentales, mais leurs moyens considérables et leurs besoins très simplement humains. Peu nombreux, ils n’en donnent pas moins le ton d’une société. Ils créent une mythologie territoriale, celle de la station ou du village montagnard, de la marina des bords de mer, du manoir à la campagne, de l’hôtel particulier dans une ville historique… Jusqu’à l’île privée, territoire parfaitement circonscrit, béni des dieux de la nature, et où il n’y a plus rien que des serviteurs ou des amis, pas même des problèmes.

La nature omniprésente

La nature est à l’ordre du jour et même à l’ordre du siècle. Il n’est plus possible d’envisager la question des territoires sans y intégrer celle de la nature. Nos contemporains ne peuvent envisager les territoires de leur vie sans référence, plus ou moins lointaine, à cette nature à la fois redoutée et convoitée. Mais de quelle « nature » s’agit-il ?

Les spécialistes n’acceptent plus l’idée d’une nature immuable, idéale, préalable à l’apparition de l’homme sur la terre, antérieure à la révolution industrielle et urbaine, un paradis perdu. Celle-ci n’a cessé d’évoluer, les climats, les sols, la végétation, les océans, les continents, bien avant l’intervention des hommes, mais aussi avec leur intervention. Les paysages contemporains sont les héritiers des grandes civilisations agraires, associés aux villages, aux chemins, aux bois et aux étangs, aux prairies et aux champs labourés et irrigués, aux arbres plantés et aux vignes ou aux théiers soignés tels des chefs-d’œuvre. Le sentiment de la nature porte la nostalgie de ces territoires menacés et souvent en voie de disparition, les espaces sauvages d’un premier âge de l’humanité, les territoires très raffinés et idéalisés des civilisations paysannes.

Car l’espace métropolitain en extension développe une tout autre logique fonctionnelle, faite d’exigences lourdes en matière de transport, d’habitat, d’énergie, de loisirs, de rejets… La vieille agriculture elle-même est soumise aux lois de l’efficacité industrielle. Les territoires contemporains doivent composer entre deux exigences : le sentiment de la nature (pas toujours bien défini) et l’impératif d’efficacité (parfaitement exprimé). Dans les faits, les contemporains inventent une nouvelle « nature », à la mesure de leurs besoins et de leurs rêves, instillée dans les territoires du quotidien ou laissée en marge, une nouvelle marqueterie très savante et qui peut aussi être belle : paysages recomposés des centres et des périphéries urbaines (jardins, parcs, rives de fleuve, bords de mer…), nouvelles campagnes de grande culture industrialisée, pavillons, pelouses et jardins de la périurbanisation, néoruralisme de territoires en marge, espaces protégés (conservatoire du littoral, parcs naturels, parcs régionaux), vaste monde de l’aventure exotique, des espaces que l’on dit encore « naturels » et qui ne le sont plus qu’à notre manière. Les contemporains des métropoles créent au sein de leurs territoires une nouvelle « nature », administrée, équipée, commercialisée ou protégée.

L’heure des recompositions

De tels bouleversements ne peuvent laisser les pouvoirs administratifs et politiques indifférents. Partout dans le monde, et surtout en France et en Europe, l’heure est aux recompositions institutionnelles des territoires, avec audace parfois, souvent avec une sage lenteur. Trois tendances se dégagent.

Au sein des États, la décentralisation ou la déconcentration administrative tendent à rapprocher les usagers (selon l’impératif de « proximité ») de la gestion des affaires publiques. La France, État centralisé par excellence, s’est engagée à deux reprises sur cette voie au profit des régions et des départements.

Dans ce contexte, la densité des territoires institutionnels tend à s’accentuer, en France en particulier. Depuis la Révolution française, on distinguait trois échelons administratifs et politiques : l’État souverain, le département, la commune. Le législateur contemporain a ajouté la région, le pays, la communauté de communes ou d’agglomération, sans compter l’Europe ainsi que des circonscriptions administratives de moindre importance. Le réseau administratif est devenu aussi complexe que celui des territoires de vie, sans pour autant coïncider avec celui-ci, ce qui relèverait du mythe de Sisyphe. Mais la gestion des grandes agglomérations et des espaces métropolitains est à peu près partout fort mal réglée. En parallèle, les citoyens, très liés à leurs territoires, expriment de plus en plus un désir de participation démocratique. Presque tout semble à inventer en ce domaine. Ce qui prédomine, c’est plutôt une certaine illisibilité des territoires institutionnels qui s’ajoute à la complexité des territoires de vie.

Quant aux États, malgré les dires, malgré les flux, les pouvoirs et les réseaux internationaux, ils gardent la maîtrise de leurs propres territoires. C’est l’évidence pour les plus développés. Mais c’est aussi le cas de plus petits qui ont su se faire une place internationale en dépit de territoires restreints, tels le Luxembourg, Monaco ou Singapour. Et c’est même le fait d’États récents, notamment en Afrique, aux frontières décidées artificiellement par le colonisateur, et qui en une cinquantaine d’années ont « pris », avec un territoire qui est bien le leur, une identité reconnue, un sentiment d’appartenance déclaré. Le territoire national reste partout une référence.

Les trous noirs de la prospective

Que seront nos territoires au milieu ou à la fin du XXIe siècle ? Le probable...Un cadre métropolitain totalement dominant : par exemple, une longue rue urbaine, coupée de quelques espaces ruraux ; un cordon de territoires denses sur les littoraux, de la Mer du Nord à la Méditerranée… Des populations très mobiles, mais inégalement, avides de sécurité, de proximité, de nature, de patrimoine, organisant leurs territoires quotidiens dans cette quête… Et des circonscriptions administratives complexes, adaptées tant bien que mal à cette réalité sous l’autorité toujours présente de l’État et éventuellement de l’Europe. Ce n’est ni un cauchemar ni un rêve.

Mais la probabilité n’est jamais certaine. Elle reste même dans une large mesure improbable ! Des ruptures perturberont ce scénario. On ne peut les déceler que par quelques signes, encore très faibles. On peut imaginer un scénario plus souriant. Une démocratie renouvelée, plus étendue spatialement, plus active, plus altruiste, plus participative, permet de réguler les multiples contradictions de la société contemporaine, et par là même de l’aménagement de ses territoires. Dans ce cas, l’évolution qui prolonge les tendances actuelles n’est pas bouleversée, mais harmonisée, humanisée, acceptée. En France, les décisions supérieures, au niveau de l’État et de l’Europe, autorisent une gestion plus équilibrée du territoire national et rendent possible une réelle participation des citoyens au niveau local et régional. La nature, le patrimoine, la proximité deviennent des réalités vivantes et non plus de simples mythes. À l’heure actuelle, cela ressemble à un rêve, tellement les forces conditionnant le monde sont contraires.

On aperçoit mieux, par contraste, les trous noirs de la prospective territoriale que l’on peut réunir autour de trois thèmes. Le réchauffement de la planète, dont on ignore à terme l’intensité, aura obligatoirement de sérieuses conséquences territoriales. L’élévation du niveau de la mer ne concerne que très marginalement notre propos. En toute hypothèse, les pays riches y feront face beaucoup plus aisément que les pauvres. En revanche, les changements climatiques peuvent modifier, voire bouleverser, l’aménité des zones géographiques et des territoires qui leur sont liés, influant sur l’agriculture, la végétation, la météorologie, les paysages, le tourisme, la villégiature. Enfin, et peut-être surtout, le réchauffement climatique peut accentuer la crise sociale des pays les plus pauvres, par des catastrophes naturelles de tous types, et accentuer ainsi la pression démographique sur les pays du Nord. Les signes avant-coureurs de ce premier trou noir sont déjà en place.

Un deuxième trou noir concerne la crise des énergies renouvelables. Si elle n’est pas maîtrisée, elle peut bouleverser les territoires de la vie quotidienne en mettant en cause la clé de voûte de nos systèmes contemporains : la mobilité. Un scénario catastrophe, conduisant à une limitation des déplacements professionnels, l’abandon de la périurbanisation, la vie plus resserrée, y compris dans les métropoles, la réussite forcée de nouveaux territoires de proximité. Des autoroutes seraient fermées, non rentables, et des quartiers entiers de pavillons périphériques laissés à leur isolement, à la pauvreté ou à la démolition. Fin de cycle ?

Enfin, troisième trou noir, celui de la géopolitique du monde, avec d’évidentes conséquences sur les territoires de chacun. Depuis la fin de la guerre froide, le monde est secoué par une insécurité permanente et à toutes les échelles. Les foyers principaux, sous forme de guerres, se situent au Moyen-Orient et en Afrique, mais aucun pays du globe n’est épargné, et surtout ne se sent épargné. Il n’est donc pas illusoire d’envisager un renforcement des attitudes sécuritaires et grégaires. En France, une ségrégation atténuée entre les quartiers, l’isolement relatif des cités d’immigrés, les jeux complexes de la carte scolaire en constituent de premiers indices. Ils sont beaucoup plus radicaux aux États-Unis ou en Afrique du Sud où coexistent des quartiers privés, clos et protégés, à l’usage des plus aisés, et les ghettos des plus pauvres.

Mais, en tous temps, les hommes ont eu la force et l’intelligence de s’adapter, recréant sans cesse de nouveaux territoires. Ils sauront prendre un peu de tout ce qui précède, et d’ailleurs, pour leur bonheur ou leur malheur. Au moins disposent-ils de deux armes, de mieux en mieux acérées, pour réinventer sans cesse les territoires de leur vie, la science et l’utopie. L’improbable est devant nous.



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