D’importants rassemblements d’immigrants dans toutes les villes des Etats-Unis ont souligné l’importance du mouvement d’opposition à la réforme de l’immigration. Les évêques américains eux-mêmes ont largement soutenu ce mouvement : des autorités ecclésiales ont participé aux manifestations et y ont pris la parole. Une majorité de clandestins sont originaires du Mexique et d’autres pays d’Amérique latine. Aux yeux des défenseurs de l’immigration, ce sont des travailleurs méritants, des hommes et des femmes qui veulent vivre en famille, établir des foyers durables, payer leurs impôts, élever leurs enfants. Ces derniers, puisqu’ils sont nés sur le territoire des États-Unis, ont déjà la nationalité américaine.

Un des soucis des évêques américains est que les arrestations croissantes de personnes sans-papiers et leur renvoi dans leur pays d’origine provoquent de graves ruptures familiales. Dès janvier 2003, avec leurs homologues mexicains, ils ont publié une lettre pastorale intitulée « Ensemble sur le chemin de l’espérance. Nous ne sommes plus des étrangers » [1]. Elle pointe notamment ce souci des familles et de leur avenir. Quel espoir y a-t-il dans ce long périple de très pauvres, surtout des latinos, qui tentent d’atteindre les États-Unis pour gagner leur vie et celle de leurs familles?

Le débat politique

Deux forces s’opposent au Congrès : la première est représentée par le Sénat. Une législation relativement progressiste y a été votée récemment qui rendra possible à des immigrants ayant vécu aux États-Unis durant cinq ans d’obtenir la nationalité s’ils sont toujours employés, s’ils se prêtent aux enquêtes administratives, s’ils paient leurs amendes et apprennent l’anglais. Les autres devront quitter les États-Unis rapidement et solliciter un visa de travail afin de revenir comme travailleurs temporaires, avec la possibilité d’entreprendre un parcours pour obtenir la nationalité américaine. Même si quelques dispositions et amendements de ce texte posent problème aux défenseurs de l’immigration, ils y reconnaissent, dans l’ensemble, un net progrès.

Mais les Républicains conservateurs dominent la Chambre des Représentants. Leur approche est avant tout sécuritaire : « Défendez-leur d’approcher! » La chambre a voté sa propre législation en décembre dernier. Parmi les dispositions punitives, celle qui ferait de toutes les personnes sans-papiers des criminels passibles de poursuites pénales. De plus, quiconque – individus, Églises ou institutions caritatives – leur prêterait assistance, leur procurerait nourriture ou eau, serait passible de poursuites pénales. Cette dernière disposition a suscité la colère des principaux soutiens des migrants comme celle des responsables des grandes Églises. Le cardinal Roger Mahoney, de Los Angeles, a indiqué que si cette législation était finalement promulguée, il demanderait à ses prêtres de désobéir. La Chambre des Représentants a fait pression pour construire un mur infranchissable à la frontière mexicaine, long de plusieurs centaines de kilomètres et soutenu la décision du président Bush d’envoyer 6 000 gardes nationaux renforcer les patrouilles dans la zone frontière.

Une main-d’œuvre indispensable

Une des ironies de la situation présente est que l’économie, en particulier l’agriculture, la restauration et l’hôtellerie, a besoin de cette main-d’oeuvre d’origine immigrée à bas salaires, notamment pour pourvoir aux emplois que les Américains dédaignent. La politique actuelle est fortement marquée par l’hypocrisie. Comme l’ont fait remarquer les évêques dans leur déclaration, des milliers de ces sans-papiers travaillent avec l’assentiment tacite du gouvernement et des responsables industriels. En juillet 2005, Mgr Gerald Barnes, Président du comité sur les migrations de la conférence épiscopale des États-Unis, a rappelé au cours d’une audition au Sénat que plus de la moitié des ouvriers agricoles sont sans-papiers. À ceci s’ajoute le danger de l’exploitation des travailleurs immigrés par des employeurs sans scrupule qui prennent avantage de l’inquiétude des travailleurs d’être découverts et expulsés pour les payer moins, voire pour retenir leur salaire. Se plaindre, c’est prendre le risque que l’employeur fasse appel aux autorités de l’immigration pour les expulser. Ces comportements augmentent aussi des risques sanitaires qui, à terme, pourraient affecter des populations plus vastes, notamment des maladies infectieuses.

Tandis que le sentiment « anti-immigration » augmente, les sans-papiers qui tombent malades ou sont blessés craignent de plus en plus de se rendre à l’hôpital par crainte de voir leur statut dévoilé. Théoriquement, le personnel hospitalier n’a pas le droit de les interroger sur leur statut. Mais la peur est la plus forte. Pour cette même raison, si des femmes sans-papiers sont victimes de violences domestiques, elles ne font pas appel à la police. Celle-ci, dans certains États comme l’Alabama ou la Floride, a été chargée d’appliquer les lois sur l’immigration : une simple infraction au code de la route autorise un officier de police à interroger le chauffeur sur son statut, entraînant le risque de la prison, de l’expulsion et de l’abandon des enfants.

Le Sénat et la Chambre des représentants devaient se rencontrer pour essayer d’harmoniser leurs législations. Mais les différences sont tellement grandes que la conciliation semble hors d’atteinte. Pendant ce temps, des millions de sans-papiers vont continuer de vivre dans l’ombre, dans la crainte d’une expulsion qui mettrait un terme à leur « chemin de l’espérance » à la recherche d’une vie meilleure pour eux-mêmes et pour leur famille.

George Anderson


1 / Le texte intégral de cette lettre est disponible en espagnol sur le site de la Congrégation pour l’Evangélisation (Vatican)



Article également accessible sur Cairn.info 

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